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Guide pratique

Comment accomplir la salât al-janâza

La prière funéraire est l'un des derniers droits du musulman sur ses frères. Ce guide explique pas à pas comment l'accomplir, quelles invocations réciter et quelles erreurs répandues éviter. Il s'appuie sur Ahkâm al-Janâ'iz de cheikh Muhammad Nâsir ad-Dîn al-Albânî.

Qu'est-ce que la salât al-janâza ?

C'est la prière que l'on accomplit sur un défunt musulman avant son enterrement, pour demander à Allah de lui pardonner et de lui faire miséricorde. Elle est une obligation communautaire (fard kifâya) : dès qu'un groupe de croyants l'accomplit, l'obligation est levée pour tous ; mais si personne ne le fait, chacun en porte la responsabilité.

Elle a une particularité. Elle se fait entièrement debout, sans inclinaison (rukû') ni prosternation (sujûd). Elle se compose de plusieurs takbir (le fait de dire « Allâhu akbar »), séparés par des invocations.

Sa récompense est immense. Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui assiste à la prière funéraire aura un qîrât de récompense, et celui qui reste jusqu'à l'enterrement aura deux qîrât. » On lui demanda ce qu'étaient deux qîrât, il répondit : « Comme deux immenses montagnes. »

Preuve

Rapporté par al-Bukhârî et Muslim, d'après Abû Hurayra.

Avant de commencer

Les mêmes conditions que pour toute prière s'appliquent :

  • être en état de pureté (avoir fait ses ablutions),
  • être orienté vers la qibla,
  • avoir la awra couverte.

Le défunt, lavé et enveloppé dans son linceul, est placé devant les priants. L'imam se tient au niveau de la tête s'il s'agit d'un homme, et au niveau du milieu du corps s'il s'agit d'une femme. Les fidèles se rangent derrière lui, de préférence sur trois rangs ou plus.

Combien de takbir ?

La forme la plus courante et la plus établie est de quatre takbir. C'est celle que tu rencontreras presque partout.

Il est aussi authentiquement rapporté que le Prophète ﷺ en a parfois prononcé cinq, sept, et jusqu'à neuf. Ces nombres sont donc permis. Pour un débutant, le plus sage reste de suivre l'imam et la pratique de sa mosquée, afin de rester uni derrière celui qui dirige la prière. Le guide ci-dessous décrit la forme à quatre takbir.

Le déroulement, takbir par takbir

On formule d'abord l'intention dans le cœur, sans la prononcer à voix haute, puis on pose la main droite sur la gauche, sur la poitrine, comme dans la prière habituelle. La Sunna est de lever les mains à chaque takbir, et non seulement au premier.

Preuve

Ibn 'Umar levait les mains à chaque takbir de la prière funéraire. Rapporté par al-Bayhaqî et retenu par cheikh al-Albânî.

1

Premier takbir

On lève les mains en disant « الله أكبر » (Allâhu akbar), puis on récite al-Fâtiha, la première sourate du Coran. On se limite à al-Fâtiha : il n'est pas requis d'y ajouter une autre sourate.

Preuve

Ibn 'Abbâs récitait al-Fâtiha à voix audible sur la prière funéraire et disait : « Afin qu'ils sachent que c'est une Sunna. » Rapporté par al-Bukhârî.

2

Deuxième takbir

On lève les mains en disant « الله أكبر », puis on prononce la prière sur le Prophète ﷺ (as-salât al-Ibrâhîmiyya), la même que dans le tachahhoud : « Allâhumma salli 'alâ Muhammad wa 'alâ âli Muhammad… »
3

Troisième takbir

On lève les mains en disant « الله أكبر », puis on invoque sincèrement pour le défunt. L'invocation la plus connue est donnée juste en dessous.
4

Quatrième takbir

On lève les mains en disant « الله أكبر », puis on formule une invocation générale : pour le défunt, mais aussi pour l'ensemble des musulmans et pour soi-même. On termine par un seul salâm vers la droite : « As-salâmu 'alaykum wa rahmatullâh ». La prière est alors achevée.

L'invocation pour le défunt

Voici l'invocation authentique la plus répandue, à réciter après le troisième takbir. Le Prophète ﷺ l'a prononcée au point qu'un compagnon souhaita être ce défunt.

اللَّهُمَّ اغْفِرْ لَهُ وَارْحَمْهُ، وَعَافِهِ وَاعْفُ عَنْهُ، وَأَكْرِمْ نُزُلَهُ، وَوَسِّعْ مُدْخَلَهُ، وَاغْسِلْهُ بِالْمَاءِ وَالثَّلْجِ وَالْبَرَدِ، وَنَقِّهِ مِنَ الْخَطَايَا كَمَا نَقَّيْتَ الثَّوْبَ الْأَبْيَضَ مِنَ الدَّنَسِ، وَأَبْدِلْهُ دَارًا خَيْرًا مِنْ دَارِهِ، وَأَهْلًا خَيْرًا مِنْ أَهْلِهِ، وَأَدْخِلْهُ الْجَنَّةَ، وَأَعِذْهُ مِنْ عَذَابِ الْقَبْرِ وَعَذَابِ النَّارِ

Allâhumma-ghfir lahu warhamhu, wa 'âfihi wa'fu 'anhu, wa akrim nuzulahu, wa wassi' mudkhalahu, waghsilhu bil-mâ'i wath-thalji wal-barad, wa naqqihi minal-khatâyâ kamâ naqqayta ath-thawbal-abyada minad-danas, wa abdilhu dâran khayran min dârihi, wa ahlan khayran min ahlihi, wa adkhilhul-jannah, wa a'idhhu min 'adhâbil-qabri wa 'adhâbin-nâr.

« Ô Allah, pardonne-lui, fais-lui miséricorde, préserve-le et efface ses fautes. Honore sa demeure, élargis son entrée, lave-le avec l'eau, la neige et la grêle, et purifie-le de ses péchés comme on purifie un vêtement blanc de la saleté. Donne-lui en échange une demeure meilleure que la sienne, une famille meilleure que la sienne. Fais-le entrer au Paradis, et protège-le du châtiment de la tombe et du châtiment du Feu. »

Preuve

Rapporté par Muslim, d'après 'Awf ibn Mâlik.

Si le défunt est une femme, on met les pronoms au féminin (lahâ, warhamhâ…). Pour un enfant, on invoque plutôt qu'Allah en fasse une avance et une récompense pour ses parents.

Les erreurs répandues à éviter

Une bid'a est une pratique religieuse inventée après le Prophète ﷺ, sans fondement dans sa tradition. Autour des funérailles, plusieurs se sont répandues par habitude. En voici six parmi les plus fréquentes, avec leur preuve.

1

Les repas et rassemblements de deuil

Se réunir chez la famille du défunt et y préparer un repas les troisième, quarantième jour, et ainsi de suite, n'a aucun fondement. Les compagnons y voyaient au contraire une forme de lamentation interdite.

Preuve

Jarîr ibn 'Abdillâh a dit : « Nous considérions le fait de nous rassembler chez la famille du défunt et d'y préparer de la nourriture après l'enterrement comme faisant partie des lamentations (niyâha). » Rapporté par Ibn Mâja, authentifié par al-Albânî.

2

La lamentation bruyante (niyâha)

Crier sur le défunt, se frapper le visage, déchirer ses vêtements ou se plaindre du destin sont des actes de l'ignorance pré-islamique. La patience et la formule « innâ lillâhi wa innâ ilayhi râji'ûn » sont ce qui est demandé.

Preuve

Le Prophète ﷺ a dit : « Ne fait pas partie des nôtres celui qui se frappe les joues, déchire ses vêtements et invoque par les invocations de la Jâhiliyya. » Rapporté par al-Bukhârî et Muslim, d'après Ibn Mas'ûd.

3

Le dhikr collectif à voix haute dans le cortège

Accompagner le défunt en scandant des formules à voix haute et en groupe est contraire à la Sunna. Le convoi funèbre se fait dans le calme et le recueillement ; les compagnons détestaient que l'on élève la voix en suivant la dépouille.
4

Bâtir sur les tombes, les cimenter ou écrire dessus

Construire des structures sur les tombes, les recouvrir de ciment ou y inscrire des noms et des textes est interdit, car cela mène à l'excès et à la vénération des morts.

Preuve

Jâbir a dit : « Le Messager d'Allah ﷺ a interdit que l'on plâtre la tombe, que l'on s'assoie dessus et que l'on construise dessus. » Rapporté par Muslim.

5

La minute de silence

Observer une minute de silence est une pratique moderne empruntée à d'autres traditions. Elle contredit la réaction que l'islam enseigne face à la mort, qui est l'invocation et le rappel d'Allah, non le mutisme.

Preuve

Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui imite un peuple en fait partie. » Rapporté par Abû Dâwud, jugé authentique.

6

Se réunir pour réciter le Coran pour le défunt

Organiser des séances de récitation du Coran, ou de la Fâtiha, pour en dédier la récompense au mort n'a été pratiqué ni par le Prophète ﷺ ni par ses compagnons. Ce qui profite réellement au défunt, c'est l'aumône, l'invocation en sa faveur et les bonnes œuvres laissées derrière lui.

Preuve

Le Prophète ﷺ a dit : « Lorsque le fils d'Adam meurt, ses œuvres cessent, sauf trois : une aumône continue, une science dont on tire profit, ou un enfant vertueux qui invoque pour lui. » Rapporté par Muslim, d'après Abû Hurayra.

En résumé

La salât al-janâza est une prière courte, debout, faite d'ordinaire de quatre takbir en levant les mains à chacun : la Fâtiha, la prière sur le Prophète ﷺ, l'invocation pour le défunt, une invocation générale, puis le salâm. L'essentiel est la sincérité de l'invocation et le respect de la manière enseignée par le Prophète ﷺ.

Ce guide est une introduction simplifiée. Pour l'étude détaillée des règles, référez-vous à Ahkâm al-Janâ'iz et aux gens de science.

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